Jean-Jacques Tesson - Fabricateur

Bourguignon ancré depuis 25 ans dans l’île grecque d’Egine, metteur en scène, constructeur dans le sang, j’ai longtemps collecté et recyclé ce que les autres mettaient au rebut pour bâtir, d’abord, ma maison, puis les machines et les décors de mes parades de rue. Jusqu’au jour où ces ferrailles rouillées, ces coques de caïques fracassées, alignées devant mon atelier, ont demandé à vivre d’une existence propre. J’ai alors commencé à les ajuster, les clouer, les coller, sans chercher à camoufler leur identité prosaïque, m’amusant au contraire qu’on reconnaisse dans la coiffe de Néfertiti une cloche de bouc cabossée, dans la robe de la gardienne des mers, un empilement d’engrenages et, dans la tête de la Pucelle d’Orléans, une poulie de chantier.

J’aime bien la drôle de définition que donne un dictionnaire grec du mot Alchimia : « Assemblage peu orthodoxe d’objets hétéroclites, en vue d’obtenir le résultat souhaité ». Toutes mes constructions pourraient s’appeler: « Alchimies de la rouille ». Encore que cette alchimie soit trompeuse. C’est encore la rouille qui a le dernier mot.